Comme des invitées de marque de Léandre Bergeron – Éditions Le Hêtre Myriadis

Comme des invitées de marque de Léandre Bergeron

Le livre

Comme des « invitées de marque », les enfants de Léandre Bergeron grandissent et apprennent librement, dans la campagne de l’Abitibi, au nord de Montréal.
Dans une langue savoureuse, l’auteur décrit le quotidien avec ces adolescentes qui ne sont pas allées à l’école et qui n’ont pas été « éduquées ». Et pourtant, elles lisent, écrivent, travaillent, discutent, interagissent avec des gens de tous âges, avec enthousiasme, bienveillance et sens des responsabilités.

Extraits :

« Cette obsession à vouloir instruire nos enfants le plus tôt possible est une interférence dans la relation parent-enfant, une atteinte très grave à la symbiose. L’idée que le parent se fait de l’enfant, l’image qu’il a de lui, est un écran entre les deux. Pour le parent, l’enfant n’en sait toujours pas assez. Chez l’enfant s’installe le sentiment qu’il n’est jamais à la hauteur, qu’il est un objet inadéquat. »

« Se déscolariser est un long processus, surtout parce que la scolarisation pénètre et imprègne tellement tous les cerveaux que ça nous prend longtemps avant de comprendre ce que peut être un cerveau déscolarisé. Et il n’y en a pas beaucoup autour. Même nos analphabètes sont scolarisés parce qu’ils ont intégrés dans leur cerveau leur scolarité ratée comme un échec. Tous nos décrocheurs et écoeurés-de-l’école sont bien scolarisés parce qu’ils vivent leur non-conformité comme une faute, comme un péché.
L’école imprègne tous les cerveaux dits civilisés comme jadis l’Église pénétrait les moindres recoins de l’âme des catholiques entre autres. Hors de l’Eglise, point de salut. Aujourd’hui, hors de l’école, point de salut. »

L’auteur

Né en 1933 au Manitoba, Far-Ouest canadien, dans la minorité francophone plus catholique que le pape, huitième d’une mère auvergnate et d’un père canadien-français, colons défricheurs, il se retrouve à douze ans dans le Juniorat des Pères Oblats destiné à devenir missionnaire chez les Eskimos mangeurs de viande crue . A seize ans la révolte gronde. La contestation de toute forme d’autorité, parentale, scolaire, religieuse, sociale anime ses jours et ses nuits.

En 1957, il se retrouve enseignant dans un high-school où il se rend compte que son rôle est avant tout celui d’un policier. En 1959, grâce au consul de France qui lui décroche une bourse, il part pour le pays de ses ancêtres avec sa femme Eveline. Le choc culturel est immense. Tout le monde parle français, et le bon français. La guerre d’Algérie fait rage. Les étudiants à l’université d’Aix-en-Provence s’engueulent entre communistes, fascistes, anarchistes et les profs, eux, trônent. Mais en même temps, quel beau pays, La Sainte-Victoire, les champs de lavande, les calanques de la Méditerranée. Il obtient un doctorat d’université et repart pour le Canada en 1961. Prof de français au Military College de Kingston, il vit dans ses chairs le militarisme pestilentiel et le racisme anglo vis-à-vis des Québécois. En même temps, le Québec commence sa révolution dite tranquille et ses grandes réformes. C’est là-bas que les choses se passent. Il se retrouve à Montréal en 1964 prof de français à la Sir George Williams University et passe ses temps libres à militer dans des groupes de gauche.

Sa fille Annick née à Kingston est d’âge scolaire. Il tente d’ouvrir une école alternative mais Petit manuel d’histoire du Québec les candidats sont trop peu nombreux. En 1970, il publie à son compte le Petit Manuel d’Histoire du Québec qui devient un best-seller. Il le fait publier en anglais à Toronto pour répondre à la question des Anglos « What does Quebec Want ? »  Le dogmatisme marxiste le fatigue et toutes les discussions intellectuelles lui semblent creuses.
La quarantaine lui pose des questions. En 1975, il décide de quitter son poste de prof, quitter la métropole et s’établir dans la région la plus jeune et la plus méprisée du Québec, l’Abitibi, le Far-Ouest québécois. Retaper une maison de colon abandonnée, apprendre tous les métiers de construction et créer une demeure pour accueillir sa nouvelle compagne Francine et y voir naître trois filles, Déirdre en 1981, Phèdre en 1984 et Cassandre en 1986. Voir éclore ces merveilles, comment envisager de les mettre en cage à l’école. Pour payer les factures, faire du pain et le vendre aux connaissances du coin, offrir une table champêtre. En même temps, il publie le Dictionnaire de la langue québécoise en 1981, le Petit manuel de l’accouchement à la maison en 1982, Comme des invitées de marque en 2002 et Deux pas en arrière dans l’ordre des choses en 2014. Et ça continue.

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